Vincent Grenier
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24 IMAGES No 58
Novembre 1991

contrechamp

LE RETOUR DU CINEMA EXPERIMENTAL

par Michel Larouche

 

Pendant les années 1970, l'appellation «cinéma expérimental» pour qualifier les films réalisés de façon indépendantes (en dehors des circuits industriels et commerciaux) et préoccupés par les recherches formelles s'est progressivement imposée. Le consensus autour du mot "expérimental" favorisait un besoin de catégorisation en même temps qu'il introduisait une dimension normative au sein d'un cinéma difficile à qualifier. Le titre «Le cinéma invisible" que Nicole Gingras a donne a son programme de films qui sera présence a la Cinémathèque québécoise (26, 28, 29, 30 novembre 1991) rappelle les multiples noms qu'on donnait auparavant à ce cinéma: "cinéma d'art», «cinéma pur», "cinéma intégral", «cinéma absolu», «cinéma abstrait», «cinéma essentiel», «cinéma de poésie», «cinéma personnel», «cinéma créatif», etc. Le mot "invisible" souligne le caractère calme et contemplatif de la sélection, en même temps qu'il rappelle 1'impossibilite de qualifier adéquatement ces films. Dominique Noguez débute son livre « Eloge du cinéma expérimental » par ces mots:

«Le cinéma que l'on veut ici célébrer est difficile a qualifier. En vérité, il n'a pas besoin de qualificatifs: c'est le cinéma même. C'est à partir de lui

-- qui est ce qu'il y a de vivant et d'essentiel dans l'art des images animées et sonores -- que les autres films doivent se situer,... ).»1

Alors qu'on se situe aujourd'hui a partir du hautement normatif-- l'industrie -- quitte à oublier un peu trop vite la liberté requise a 1'eclosion de 1'acte créateur, une telle programmation constitue un pari tout en apportant une bouffée d'air frais. Elle rappelle à la fois le caractère profondément hétérogène du cinéma et 1'arbitrarire qui en a historiquement hiérarchise les diverses composantes.

Vincent Grenier occupe la place centrale de cette programmation. Une grande partie de son oeuvre y est présentée -- un hommage -- et elle donne le ton à l'ensemble. Cinéaste québécois qui vit aux Etats-Unis, Vincent Grenier à partage avec Charles Gagnon le fait d'être reconnu comme cinéaste expérimental d'importance dans les années 1970. Le public peut y voir son premier film, Window Wind Chimes Part One (1974), ou la vision personnelle et poétique s'allie à une structure semi documentaire. Plusieurs des films a tendance «structurelle», qui l'ont fait connaître internationalisation et dont chacun explore un élément de la technique cinématographique, y sont présentés (Le monde au focus 1976; Levant/While Revolved, 1976; Intérieur Interiors (a A.K.), 1978), de même qu'un choix de ses films subséquents ou le cinéaste introduit la représentation cinématographique en jouant sur l'equivoque de ses mécanismes (Mend, 1979; Plus proche dehors / Closer Outside 1981; D'après Meg, 1982; Times Wake, 1987. Ses récents films (I.D, 1988; You, 1990; Out in the Garden, 1991), projetés pour la première fois au Québec, accentuent l'aspect narratif en pressentant des personnages qui racontent des histoires, sortes d'entrevues qui ne sont pas traitées de façon conventionnelle par le cinéaste, amenant le spectateur à pénétrer un espace plus intérieur, relié a la perception des choses et débouchant sur le non-dit, l'invisible.

Certains cinéastes "classiques» font aussi partie de la programmation. Des créateurs incontournables pour des raisons historiques ou parce qu'ils ont été liés à un moment de leur carrière au fameux mouvement underground américain; l'Autrichien Peter Kubelka, considèré comme un ancêtre du film «structurel» (Adebar, 1956-57); Bruce Baillie avec deux films composés a partir de chansons qui organisent 1'espace-temps (All my Life, 1966; Valentin de Las Sierras, 1967); Barry Gerson avec deux de ses «films paysagistes», qui amènent le spectateur a voir autrement la réalité filmée (Sunlight, Floating and Afternoon, 1971; Water and Contemplating, 1973); Hollis Frampton représente par Gloria (1979), dont les images sont composées majoritairement de textes; enfin Ken Jacobs avec un film constitué à partir d'un film trouvé, qu'il a intitulé The Perfect Film, (1986).

Des Américains de la nouvelle génération figurent aussi å1'affiche: Don Eisenberg (Displaced Person, 1981), film sur la mémoire et l'histoire, qui reprend en boucle un film des années 1950 ou Hitler apparaît) et Larry Gotheim, dont l'oeuvre très «impressionniste», fortement caractérisée par la sensation d'espace, occupe une place importante (Fog Line, 1970; Corn, 1970; Mnemosyne, 1986; Machette Gillette and Mama, 1990).

La production canadienne est illustrée å travers Narrows Inlet (1980) de David Rimmer, film axe sur la perception et An Exceptional Moment (1976) d'Andrew Lugg, qui raconte diverses histoires au moyen de sous-titres sur un plan fixe, 1'image comme telle ne servant que de déclencheur.

Mais c'est surtout la production québécoise qui occupe une place importance dans cette programmation, choix pleinement justifie étant donne qu'elle fut longtemps méconnue et la demeure encore. Outre 1'oeuvre de Vincent Grenier, le public pourra voir un film de Charles Gagnon, Pierre Mercure (1971), hommage au compositeur et dont la bande sonore est constituée d'une de ses pièces musicales, de même que deux films de Bill Wees (Quick Shadows, 1971; La première étoile / The First Star, 1973), dont 1'oeuvre explore une rythmique qui entretient des rapports étroits avec la poésie et la peinture. Les recherches récentes, de plus en plus nombreuses, sont aussi illustrées. Certaines oeuvres utilisent, à la façon «structurelle», de la pellicule préexistante au film: c'est le cas de Jaffa Gate (1984) de Rick Raxlen et Zéro Granite (1990) de Jean-Claude Bustros. ....

(p46 -excerpted beginning of a longer article)


 

 

 
 
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